Un hymne à la vie

L’œuvre de Françoise Pallier, artiste-peintre, fresquiste et concepteur de meubles depuis 1970 puise à la source d’une solide culture classique doublée d’un cursus à l’Institut des Langues Orientales de Paris. Néanmoins, son classicisme dans la thématique et dans les techniques utilisées - riches et diversifiées - s’inscrit délibérément à contre courant. L’originalité et le paradoxe de l’œuvre tiennent à la combinaison de son ancrage dans le réel par la puissance de la composition, les cadrages audacieux et à l’utilisation des pigments organiques qui participent au même but :  la recherche de l’équilibre méditatif et la lumière.

Architectures, marines, sujets de chevalerie presque fantastiques, études de chevaux et de lévriers : tous ces thèmes sont également marqués par une construction puissante, géométrique, directement issue de l’icône byzantine, où la matière, paradoxalement loin d’être niée, se fait lumière. Ici, l’espace n’est jamais forcé par la direction du trait qui délaisse parfois avec insolence les règles académiques de la perspective et des proportions - mais se dévoile dans la profondeur de la couleur où la luminosité irradie par transparence de l’intérieur, sans aucune ombre, à la manière de l’icône qui révèle l’invisible par le visible.

Les techniques - aussi parfaitement maîtrisées et diverses que l’aquarelle, le pastel sec et l’huile sur bois - varient selon les thèmes et les formats : la douceur du pastel nous rappelle le soyeux de la robe des lévriers et des chevaux, pour ces études animalières très structurées, à la différence des représentations plus lyriques auxquelles nous avons été habitué. De nombreuses fresques, murs et portes en trompe-l’œil réalisées chez des particuliers et dans certaines institutions publiques restent visibles.

Mais la technique la plus remarquable d’entre elles demeure la technique a tempera dont la fabrication, exclusive pour chaque artiste, est un secret d’atelier. Utilisée par le peintre pour sa perfection dans la transparence et la profondeur de ses teintes, son maniement est ardu. Elle exige patience et minutie et a été, de ce fait, abandonnée au XVIè siècle pour être remplacée par la peinture à l’huile.

 

 

L’histoire de cette technique nous renvoie au IIIe siècle en Egypte, bien avant l’utilisation de la technique de l’encaustique pour les portraits. Les couleurs traitées a tempera ont été gardées en état de conservation extraordinaire grâce au durcissement des protéines de l’œuf qui leur ont donné un lustre pareil à celui du velours, à la surface aussi résistante que la nacre d’un coquillage. La matière rend alors par effet d’optique toute son intensité, sa profondeur, sa luminosité et sa précision. Grâce au pouvoir émulsifiant de l’œuf, la délicate phase suivante consiste à superposer et à travailler de nombreuses couches d’huiles et de vernis qui renforcent à la fois la qualité de la peinture et permettent d’obtenir des effets de patine totalement exceptionnels.

La palette, tout particulièrement celle des somptueux plateaux de table aux motifs antiques, celtes ou abstraits, évoque les couleurs iconiques de l’école de Novgorod ou ceux de l’école Crétoise.

Le lieu de vie de Françoise Pallier, son atelier, témoigne de l’adéquation totale entre sa créativité et son style de vie : cavalière, passionnée de lévriers, de voyages et de nature. Nous y découvrons tous ses carnets de voyages méditerranéens, de Charente Maritime aux citadelles parfois semi-imaginaires…

Stravinsky disait qu’il ne suffisait pas d’entendre la musique, mais qu’il fallait encore la voir. De l’œuvre de Françoise Pallier, nous pourrions dire qu’il ne faut pas seulement la voir, mais aussi savoir l’écouter, car devant nous dansent véritablement la riche et profonde liturgie orthodoxe, les airs polyphoniques dépouillés du Quattrocento, l’allégresse et la vitalité du Baroque. Son œuvre, un hymne à la vie, nous rappelle que la méditation et la lumière ne sont rien sans la sérénité de l’âme et l’engagement de tout l’être à un moment privilégié, tel l’iconographe peignant et priant dans la joie.

Périgueux, le 10 janvier 2009
Sigrid Bastin.


Tessier